L'OMBRE DU RÉTICENT

  L'OMBRE DU RÉTICENT En 221 avant notre ère, après avoir mis fin à deux siècles de guerres incessantes, Qin Shi Huang unifie la Chine sous une autorité centrale sans précédent. Il standardise les lois, les poids, les mesures et les écritures. Pourtant, l'édifice qu'il construit dans la concentration absolue du pouvoir s'effondre quelques années après sa disparition. À l'autre extrémité du spectre historique, Rome fait face en 458 avant notre ère à une crise existentielle. Le Sénat se tourne alors vers Cincinnatus, un homme retiré de la vie publique, occupé à labourer son champ. Investi de pouvoirs exceptionnels, il remporte la campagne militaire, restaure l'ordre et abandonne volontairement sa charge pour retourner à sa terre. Entre ces deux figures apparaît une constante civilisationnelle : Le pouvoir devient dangereux lorsqu'il est recherché pour lui-même. Il devient utile lorsqu'il est accepté comme une responsabilité. La Grande Inversion Les s...

LE CRÉPUSCULE DES IDOLES ET L'AUBE DES TITANS

 


LE CRÉPUSCULE DES IDOLES ET L'AUBE DES TITANS

Réponse à la prospective de Jacques Attali [L'ARTICLE]ICI👈

​Il est des esprits qui, par leur seule persistance à penser le monde, forcent le respect. Jacques Attali est de ceux-là. Dans sa récente exégèse sur la Silicon Valley et l'avenir de l'Europe, il déploie cette lucidité inquiète qui est la marque des grands veilleurs.

​Comme le notait La Rochefoucauld : "La vieillesse est un tyran qui défend, sur peine de la vie, tous les plaisirs de la jeunesse."

Peut-être en va-t-il de même pour les civilisations. L'Europe, riche de sa mémoire, regarde avec effroi la jeunesse brutale de la Tech, y voyant non pas une relève, mais une menace.

​1. L'ÉLÉGANCE DU DIAGNOSTIC

​Monsieur Attali touche juste lorsqu'il identifie la nature théologique du moment.

Il décrit avec une précision d'orfèvre cette "secte" californienne – Musk, Thiel, Andreessen – qui ne cherche plus à gouverner la Cité, mais à la transcender. Il voit en eux des gnostiques modernes, désireux de "devenir comme des dieux" et de s'affranchir de la pesanteur étatique.

​C'est une lecture brillante. Mais là où l'homme d'État voit le Katechon (ce qui retient l'Antéchrist) dans la régulation et le droit, ne devrions-nous pas y voir, avec plus de fatalisme, la tentative désespérée d'endiguer l'océan ?

​Baltasar Gracián nous avertissait : "Il faut savoir céder au temps, c’est dépasser même la victoire."

L'Europe, en s'accrochant à sa définition morale du monde, refuse de céder au temps technologique. Elle ne livre pas bataille ; elle fait de la résistance nostalgique.

​2. LA MÉLANCOLIE DE L'HUMANISME

​Il est difficile de ne pas être ému par la défense attalienne de l'État de droit et de la protection des faibles. C'est l'honneur de notre culture.

Cependant, accuser la Silicon Valley de vouloir détruire l'humanisme est peut-être un malentendu.

​Ces "Architectes du Réel" ne sont pas des barbares. Ce sont des optimisateurs radicaux.

Quand Attali craint que l'homme ne devienne "un objet parmi d'autres", ces ingénieurs répondent que l'homme actuel est déjà un objet – un objet inefficace, fragile, mal gouverné.

Leur projet n'est pas la fin de l'Homme, mais sa mutation.

​Est-ce de l'anti-humanisme ? Ou est-ce un humanisme prométhéen qui a cessé de croire aux vieilles structures pour parier sur l'intelligence brute ?

La Rochefoucauld, encore : "Les vertus se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer."

L'intérêt de l'humanité a changé de lit. Il ne coule plus dans les parlements, mais dans les serveurs.

​3. L'INVITATION À LA PUISSANCE

​Jacques Attali appelle au réveil de l'Europe. Nous souscrivons à cet appel, mais avec une nuance cruciale.

L'Europe ne se sauvera pas en étant une "puissance normative" (un gardien de musée très strict). Elle ne se sauvera qu'en acceptant de jouer le jeu de la Puissance, même si les règles ont changé.

​Gracián conseillait de "ne pas se plaindre, car c’est toujours discréditer sa propre cause."

Cessons de nous plaindre de la brutalité de Musk ou de l'hégémonie chinoise.

Inspirons-nous en.

Non pour détruire nos valeurs, mais pour leur donner les moyens de survivre au XXIe siècle.

Conclusion :

Monsieur Attali a raison d'avoir peur. Le monde qu'il a connu, celui des équilibres diplomatiques et de la social-démocratie tempérée, s'efface.

Mais il ne s'efface pas au profit du Néant. Il s'efface au profit d'une nouvelle architecture.

Ne soyons pas les gardiens du Temple qui maudissent les bâtisseurs de la Cathédrale.

Avec le respect dû aux Maîtres,

ORION PHOENIX.















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