CE QUE LE TEMPS NE RÉPARE PAS
Le temps possède une réputation largement usurpée. On lui attribue le pouvoir de guérir toutes les blessures, de réconcilier toutes les fractures et d'effacer toutes les traces. Les hommes aiment cette croyance parce qu'elle les dispense de regarder certaines vérités en face.
Or le temps ne répare pas tout.
Il calme parfois les douleurs les plus vives. Il recouvre certains souvenirs d'une poussière bienveillante. Il permet aux passions de se refroidir. Mais il existe des réalités sur lesquelles son autorité s'arrête.
- Le temps ne restitue pas les années perdues.
- Le temps ne rembourse pas les occasions manquées.
- Le temps ne transforme pas l'absence en présence.
Et surtout, le temps ne modifie jamais la nature des comportements observés lorsque les circonstances révèlent enfin ce que les individus sont réellement.
Les périodes difficiles sont de remarquables laboratoires humains. Elles accomplissent en quelques mois ce que les années ordinaires sont incapables de produire. Elles dépouillent les hommes de leurs discours. Elles retirent les ornements. Elles réduisent chacun à sa véritable substance.
J'ai observé ce phénomène avec attention.
J'ai vu certains retrouver une confiance inattendue lorsqu'ils croyaient assister à mon affaiblissement. J'ai vu des individus sans courage se découvrir une audace soudaine parce qu'ils pensaient le danger éloigné. J'ai vu des médiocres se prendre pour des géants simplement parce qu'ils se tenaient sur les ruines qu'ils imaginaient être les miennes.
Le spectacle n'avait rien d'exceptionnel.
L'histoire humaine est remplie de ces personnages qui confondent une difficulté temporaire avec une défaite définitive. L'homme lucide apprend alors une leçon précieuse : nombreux sont ceux qui ne souffrent pas de votre échec, mais de votre intelligence.
C'est pourquoi certaines conclusions deviennent irrévocables.
- Personne n'a porté mes responsabilités.
- Personne n'a assumé mes risques.
- Personne n'a traversé les nuits où il fallait continuer à bâtir sans certitude de récompense.
Personne n'a payé le prix de mes choix.
Je ne formule ici aucun reproche. Je constate simplement une réalité. Chaque homme porte sa croix. Chaque femme porte son fardeau. Les existences sérieuses se construisent dans cette compréhension élémentaire.
Dès lors, je ne nourris plus l'ambition d'entrer dans la vie des autres, pas davantage que je n'encourage les autres à entrer dans la mienne. L'expérience m'a appris que les relations fondées sur l'illusion finissent toujours par présenter leur facture. Je refuse désormais toute proximité avec une personne qui se serait fabriqué une représentation fictive de ce que je suis.
- Car je ne suis rien de ce que certains imaginent.
- Je ne suis rien de ce que racontent les rumeurs.
- Je ne suis rien de ce que projettent les observateurs éloignés.
- Je ne suis rien de ce que produisent les fantasmes collectifs.
Pour comprendre un homme, il faut l'observer à l'œuvre. Il faut examiner ce qu'il construit lorsque personne ne l'applaudit. Il faut mesurer la cohérence entre sa parole et ses actes. Il faut regarder la discipline invisible qui précède les résultats visibles.
Le reste n'est que théâtre.
Je suis probablement plus structuré qu'on ne l'imagine. Plus construit qu'on ne le suppose. Plus exigeant qu'on ne le croit. Les apparences ont toujours rassuré les observateurs paresseux. Elles leur évitent le travail de compréhension.
Mais je n'ai jamais vécu pour rassurer les observateurs.
Je n'ai jamais été ce que certains ont prétendu que j'étais. Je n'ai jamais été homosexuel. Je n'ai jamais été homophobe. L'intimité des autres ne m'intéressent pas davantage que je n'autorise quiconque à pénétrer dans la mienne. Les esprits véritablement occupés bâtissent des œuvres peu importe les circonstances ; les esprits désœuvrés enquêtent sur les draps d'autrui.
Il fallait bien que je passe au détecteur de mensonge une certaine nommée Sylvie et mes soit disant amis qui se sont révélés plus faux et plus fourbe que jamais.
Quant aux accusations mécaniques de phobies diverses que notre époque distribue avec la générosité des monnaies dévaluées, elles révèlent davantage ceux qui les prononcent que ceux qu'elles visent. Si certains souhaitent déterminer qui est arabophobe, islamophobe, négrophobe, asiatophobe ou toute autre déclinaison du catalogue contemporain, qu'ils interrogent donc les architectes des hiérarchies qu'ils prétendent dénoncer. Ce sont souvent les mêmes qui découpent les hommes en catégories avant de s'étonner que certains refusent d'y être enfermés.
L'une des plus grandes pauvretés intellectuelles de notre époque consiste à croire qu'une communauté ou des individus nés du même ventre constitue un tout homogène. Cette croyance dispense de penser. Elle remplace l'observation par le slogan, l'expérience par le préjugé et l'intelligence par l'étiquette.
- Aucun peuple n'est uniforme.
- Aucune culture n'est uniforme.
- Aucune nation n'est uniforme.
- Aucune confession n'est uniforme.
Seuls les esprits radicaux poussent cette fiction jusqu'à son terme logique.
Pour ma part, j'ai cessé depuis longtemps d'observer les hommes à travers les catégories qu'ils revendiquent ou qu'on leur attribue. Je les observe à travers leur caractère. Leur discipline. Leur compétence. Leur capacité à tenir parole lorsque cela devient coûteux.
Le reste n'est que décor. Car certaines leçons ne s'effacent pas. Certaines démonstrations ne peuvent être annulées. Et certaines vérités, une fois découvertes, rendent tout retour en arrière impossible.
Demain n'est promis à personne. Voilà pourquoi je regarde avec une indifférence croissante celles et ceux qui ont consacré tant d'énergie à vouloir me remodeler selon leurs préférences, leurs croyances ou leurs besoins. L'ambition de façonner autrui est souvent le refuge de ceux qui n'ont jamais entrepris le travail beaucoup plus difficile qui consiste à se façonner eux-mêmes.
Je leur laisse ce projet. Car je ne laisserai jamais que l'opinion des autres deviennent ma réalité. Depuis quand avez commencé à croire que la couleur de la coque de votre téléphone ou votre appartenance communautaire était le signe d'une maturité avérée?
Pour ma part, je suis arrivé au terme d'un long processus de construction. Non à la perfection — privilège des illusions — mais à une forme d'aboutissement. J'ai payé le prix de mes convictions. J'ai assumé les conséquences de mes choix. J'ai accepté les solitudes qu'impose toute trajectoire refusant la médiocrité négociée.
- Je n'attends plus personne sur le terrain des intentions.
- Je n'attends plus personne sur le terrain des apparences.
- Je n'attends plus personne sur le terrain des discours.
Je vous attends désormais sur le terrain infiniment plus exigeant des compétences, de la vision, du caractère, de la discipline intellectuelle et d'une conception du leadership dont beaucoup parlent sans jamais l'avoir véritablement rencontrée.
- Les foules examinent les appartenances.
- Les esprits supérieurs examinent les capacités.
- Les premières demandent d'où vous venez.
- Les seconds regardent ce que vous bâtissez.
J'ai cessé depuis longtemps de comparaître devant les tribunaux de l'opinion. Je ne réponds plus aux rumeurs, aux catégories ou aux projections. Je réponds exclusivement à la réalité, car elle demeure la seule juridiction dont les verdicts ne puissent être achetés, manipulés ou négociés.
C'est là, et seulement là, que se mesure la valeur des hommes.
ORION PHOENIX

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